De grandes espérances

Dimanche 25 mai 2008, aux alentours d'une heure indue, par Olivia Lanchois

Challenge Fashion’s Klassik List
Auteur : Charles Dickens
Titre original : Great expectations
Éditeur : LivreDePoche
1ère édition : 1861
Nb de pages :607
Lu : mai 2008
Ma note :

Résumé :
Orphelin, le jeune Pip est élevé par une sœur violente et un beau-frère aimant et tendre. Destiné à devenir forgeron comme lui, il nous raconte quelques aventures de son enfance, comment il aida un forçat évadé, sa rencontre avec l’excentrique miss Havisham et sa fille adoptive Estella. son destin sera bouleversé par un mystérieux bienfaiteur décidé à faire de lui un gentleman. Sa nouvelle condition le conduira à Londres, où il mènera une vie dépensière, le cœur rempli de grandes espérances nourries par sa fortune inespérée.

Mon avis :
C’est à chaque fois une véritable délectation que la lecture d’un Dickens, mais là, ce roman dépasse mes espérances. Pip nous raconte sa vie depuis environ l’âge de sept ans, alors qu’il tombe sur un forçat évadé qui le pousse par intimidation à l’aider à trouver des vivres. Terrifié, Pip s’exécute, non sans passer par différents états psychologiques, le peur, la culpabilité, la soumission. On le découvre dans un environnement peu propice au bonheur. Sa sœur, qui se vante de l’élever « à la main » ne lui manifeste aucune tendresse. Le mari de sa sœur, Joe, forgeron de son état, lui apporte soutien, amitié et affection, mais n’est pas plus apte à se défendre que lui. Amené à rencontrer la curieuse miss Havisham et sa troublante fille adoptive, Pip sera vite fasciné par cette dernière, d’une beauté et d’une froideur égales. Ouvertement méprisé par Estella, il nourrira néanmoins pour elle un amour solide, sincère et durable. Le roman se scinde en deux principales parties. La seconde débute alors que Pip apprend d’un homme de loi qu’un mystérieux bienfaiteur souhaite le voir installé à Londres afin de parfaire son éducation et devenir un gentleman. Pip commence alors à nourrir de grandes espérances. Le jeune homme, une fois sorti de l’environnement de son enfance et de la pauvreté, verra son bien-aimé Joe d’un autre œil, toujours aimant, mais un peu honteux de son ignorance et de son manque d’éducation. Pip, déjà plus instruit que le forgeron, aura conscience de cet écart, et cette prise de conscience éveillera en lui un fort sentiment de culpabilité. Désormais libre, il se lie d’amitié avec le fils de son répétiteur, devient dépensier, s’offre un valet à qui il a du mal à trouver des occupations. Ignorant toujours l’identité de son bienfaiteur, ce qu’il sait et croit savoir alimente doublement ses espérances. Son amour pour Estella est toujours aussi fort, et bien qu’il ait conscience de l’absence de la jeune fille à son égard, il espère encore.

Dickens excelle dans la peinture de l’Angleterre du XIXème siècle. La misère, l’hypocrisie, la petitesse d’esprit des pauvres comme des nantis ne lui échappent pas. Lui-même issu d’une famille plus que modeste et ayant connu la misère avant d’accéder à la notoriété et l’aisance, tous les rangs sociaux lui sont familiers. Qu’ils soient principaux ou secondaires, tous les personnages sont fouillés, hauts en couleurs, nuancés. Il n’y a ni bon ni méchants, chaque protagoniste réserve des surprises, soit par son destin, sa psychologie, son comportement. Même le jeune Pip, que nous suivons sur plusieurs années, n’est pas dépourvu de « mauvais » sentiments. Comme lui, au fil de la lecture, nous avons quelques espérances le concernant, et son destin réserve bien des surprises et des rebondissements.

L’humour est aussi omniprésent chez Dickens. Certains personnages brillent par leur grotesque, d’autres par leur dignité sincère, d’autres encore par leur excentricité, ou même leur dualité. Le tout arrosé d’un humour à toute épreuve. La relation entre Pip et Joe est bouleversante, leur attachement réciproque est exemplaire. Les personnages de Dickens sont tous fascinants, les relations entre eux superbement dépeintes. L’aventure est aussi au rendez-vous. Forçats évadés, trahison, jeune orphelin au destin chaotique, une vieille riche proche de la sorcière, une beauté au cœur de glace, tout contribue à faire de ce roman un pur bonheur, un livre DÉVORABLE d’un bout à l’autre, grâce au style jubilatoire de Dickens, de sa parfaite connaissance de l’époque, des milieux sociaux, de la nature humaine. Un régal !!!

About Olivia Lanchois

Web-bidouilleuse depuis 2002, blogueuse depuis 2005. Lectrice et photomane convulsive. Amies de bêtes. Miaou.

8 commentaires »

  1. Karine :) dit :

    J'avais beaucoup aimé ce livre lors de ma lecture… mais il semble mystérieusement disparu de ma biblio… je n'aurai pas le choix de le racheter! Surtout que je viens de lire "MR Pip", dans lequel le roman de Dickens est carrément un personnage!!

  2. Isil dit :

    Bonjour. Je fréquente ce blog qui me plait beaucoup depuis depuis quelques semaines et je laisse mon premier message sur ce coup de coeur pour un Dickens qui est devenu un de mes auteurs favoris ces dernières années. Je souscris bien évidemment à tous les points de cet avis. J'adore ses personnages, qu'ils soient sympathiques ou antipathiques, ils sont toujours très fouillés et on ne les oublie jamais. Ce sont toujours des caractères très forts. Et bien sûr, l'humour de Dickens, qui fait passer même les aspects les plus sombres de la société du XIXème siècle, est inimitable. "De grandes Espérances" n'est pas mon préféré mais je l'adore et le relirai volontiers un jour.

  3. Ferocias dit :

    Si tu t'intéresses à Dickens, je viens de trouver un article publié pour le centenaire de l'auteur en 1912. Si ça t'intéresse, je peux t'envoyer une copie numérique.
    .-= Le dernier billet de Ferocias : Gaston Leroux, L'Epouse du Soleil (9ème épisode) =-.

  4. Ferocias dit :

    Zut, l'abonnement aux commentaires :oops:
    .-= Le dernier billet de Ferocias : Gaston Leroux, L'Epouse du Soleil (9ème épisode) =-.

  5. Folfaerie dit :

    Ah, Un de mes romans préférés de Dickens, je l'avais adoré celui-là. Merci de rehausser un peu sa cote de popularité (même si ton billet est antérieur), j'ai l'impression que les avis des blogueuses pour le partenariat sont mitigés…
    .-= Le dernier billet de Folfaerie : Le sang des Dalton (Ron Hansen) =-.

  6. Je ne savais même pas que Dickens avait besoin de soutien…les bras m'en tombent… :shock:

  7. Tonie Behar dit :

    Je viens de découvrir les grandes espérances que j'ai littéralement dévoré ! je suis d'accord avec vous c'est un roman qui dépasse nos espérances !

  8. [...] Madame Charlotte : “tout contribue à faire de ce roman un pur bonheur, un livre DÉVORABLE d’un bout à l’autre, grâce au style jubilatoire de Dickens” [...]

Toi aussi, tu as ton mot à dire !












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