L’ancre de miséricorde

Mardi 21 septembre 2010, aux alentours d'une heure indue, par Olivia Lanchois

Auteur: Pierre Mac Orlan
Éditeur : Phébus/Libretto
1ère édition : 1941
Nb de pages : 251
Lu : septembre 2010
Ma note : 4

Résumé
Si l’on en croit la rumeur – vieille de plus d’un demi-siècle déjà -, L’Ancre de Miséricorde serait un peu L’Île au Trésor de notre littérature.
Pur concentré d’aventure et de nostalgie. A ceci près que Mac Orlan ne loge pas l’aventure à l’adresse prévue, et s’ingénie à conduire son lecteur sur des chemins parfaitement inattendus. Nous sommes à Brest vers le mitan du XVIIIe siècle, et le héros de l’affaire – encore gamin mais tout près de faire le grand saut dans ce qu’on appelle la vie rêve à d’improbables départs. A quoi il est encouragé par l’un des pensionnaires du Grand Collège (le bagne local) : le lascar réussit à le persuader qu’il se trouve innocent du crime pour lequel on l’a condamné…et que la seule carrière digne d’un cœur libre a nom évasion. Rêve et réalité, dès lors, vont s’affronter en un combat peut-être promis à mal tourner : car si l’Aventure est une garce séduisante, il arrive que ses galants finissent au bout d’une corde… Mac Orlan au sommet de son art.

Mon avis
Comme l’annonce clairement la préface et même la 4e de couverture, si ce roman s’inspire directement de L’île au trésor, il ne faut pas s’attendre à de trépidantes aventures échevelées sur diverses mers du monde. De l’aventure il y en a, de l’adolescent frétillant prêt à payer de sa personne pour connaître les frissons du danger il y en a aussi, mais des mers tropicales, point. Cette histoire conviendra donc au lecteur casanier, et l’aventure dont il est question ravira les cœurs les plus émotifs.
Dans un langage et un style qui ne sont pas sans rappeler le raffinement du XVIIIe siècle, Pierre Mac Orlan dresse ici un magnifique tableau de Brest et de sa population de l’époque.
Le jeune Morgat, dit Petit-Morgat, est à quelques mois de son entrée à l’école militaire de Metz, et rêve de parcourir les mers au nom du roi. Il a encore l’âge de l’espoir et du rêve, idéaliste dans ses ambitions et avide de découvertes. Son amitié avec un forçat et son rapprochement avec un certain Jérôme Burns vont l’entraîner dans une étrange aventure qui le laissera au seuil de l’âge adulte. Un forçat évadé, un pirate mythique revenu semer la terreur et un nouvel ami qui représente aux yeux de Petit Morgat l’essence même de l’aventure et des valeurs humaines, et voilà notre petit jeune homme emporté dans la plus cruelle et la plus intense aventure de sa vie.
Les événements s’enchaînent sous ses yeux, il en est parfois acteur sans le vouloir, victime des circonstances et de sa naïveté. Le dénouement est très prévisible, mais ne gâche rien au plaisir de la lecture, car on s’attache vite au jeune héros, on est empathie avec ses espoirs et ses inquiétudes. Ses soupçons, tout en non-dit jusqu’à la fin, nous montrent à quel point il est dur de devenir un homme et de devoir abandonner ses illusions.
Un magnifique roman, au dénouement puissant malgré sa prévisibilité, et des personnages hauts en couleurs.

About Olivia Lanchois

Web-bidouilleuse depuis 2002, blogueuse depuis 2005. Lectrice et photomane convulsive. Amies de bêtes. Miaou.

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